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Au Jardin Malin

Douze gestes sans pesticide pour venir à bout des pucerons

Dernière mise à jour :

Colonie de pucerons noirs sur une tige verte, vue en macro

Pour éliminer les pucerons naturellement, le levier le plus durable consiste à laisser agir leurs prédateurs : larves de coccinelles, de syrphes et de chrysopes. Un jet d'eau, la coupe des pousses envahies et quelques plantes compagnes complètent leur travail sans pesticide.

Reconnaître une colonie de pucerons et juger de son ampleur

Les pucerons sont de petits insectes piqueurs-suceurs, verts, noirs, gris ou rosés selon l'espèce, qui se regroupent sur les jeunes pousses, les boutons floraux et le revers des feuilles. En prélevant la sève, ils provoquent des feuilles enroulées, des tiges déformées et un ralentissement de la croissance. Une plante vigoureuse supporte souvent une colonie modeste sans dommage durable.

Le premier indice est parfois indirect : un dépôt collant et brillant, le miellat, que les pucerons rejettent en se nourrissant. Sur ce sucre se développe la fumagine, un champignon noir qui salit le feuillage et freine la photosynthèse. Un va-et-vient de fourmis le long d'une tige trahit aussi une colonie, car elles récoltent ce miellat.

Avant d'intervenir, observez la plante pendant quelques jours. Si des larves de coccinelles ou des pucerons gonflés et bruns, dits « momifiés », apparaissent, la régulation naturelle a déjà commencé et un traitement la casserait.

Coccinelles, syrphes, chrysopes : les auxiliaires mangeurs de pucerons

Les auxiliaires sont les animaux qui régulent les ravageurs du jardin. Contre les pucerons, les plus voraces sont des larves : celle de la coccinelle, allongée et sombre, celle du syrphe, sorte de petit asticot translucide, et celle de la chrysope, surnommée « lion des pucerons ». De minuscules guêpes parasitoïdes pondent dans les pucerons, qui se transforment en momies brunes. Les mésanges en prélèvent aussi pour nourrir leurs nichées.

Le rythme de ces prédateurs est documenté pour la coccinelle. Selon un document de la Ville de Paris publié en 2022, une larve de coccinelle à deux points consomme de 10 à 60 pucerons par jour, et les fiches de la LPO et du site Jardiner autrement parlent de plusieurs centaines sur toute la durée de son développement.

Ces alliés arrivent avec un temps de retard, puisqu'il leur faut des proies pour s'installer. Pulvériser dès les premiers pucerons, même avec une préparation naturelle, les prive de nourriture. Les adultes de syrphes et de chrysopes se nourrissent de nectar et de pollen : des fleurs simples à proximité les retiennent, ce qui rejoint les gestes pour accueillir les abeilles et les pollinisateurs.

Douze méthodes bio contre les pucerons, de la plus douce à la plus ciblée

Les méthodes naturelles contre les pucerons se combinent plus qu'elles ne s'opposent. Le tableau les range de la moins interventionniste à la plus directe, avec la situation où chacune se justifie.

MéthodePrincipeSituation adaptée
1. ObserverLaisser les auxiliaires trouver leurs proiesColonie limitée sur une plante vigoureuse
2. Écraser à la mainFrotter la colonie entre deux doigts gantésQuelques foyers faciles d'accès
3. Couper les pousses envahiesSupprimer l'extrémité tendre très coloniséeFèves, arbustes, rosiers
4. Jet d'eauDécrocher les pucerons, qui remontent malPlantes robustes, le matin
5. Savon noir diluéAction par contact sur les insectes touchésForte colonie, après essai sur une feuille
6. Purin d'ortiePréparation naturelle peu préoccupanteEn complément, dilué
7. Barrage aux fourmisBande engluée autour du troncArbres fruitiers fréquentés par les fourmis
8. Plante piègeCapucines qui attirent les pucerons loin des culturesPotager, bordures
9. Fleurs pour auxiliairesAneth, fenouil, phacélie, souci pour nourrir les adultesTout le jardin, dès le printemps
10. Moins d'azoteÉviter les excès d'engrais qui donnent des pousses tendresMassifs et potager trop nourris
11. Arrosage régulierUne plante assoiffée se défend moins bienPériodes sèches
12. AbrisHaie variée, tas de bois, nichoir à mésangesAménagement durable du jardin

Les méthodes 9 à 12 agissent sur la durée et réduisent le besoin des cinq premières d'une saison à l'autre.

Savon noir et purin d'ortie : ce que la loi permet au jardinier amateur

Depuis le 1er janvier 2019, la loi Labbé interdit aux particuliers d'acheter, de détenir et d'utiliser des produits phytopharmaceutiques de synthèse au jardin. Restent accessibles les produits de biocontrôle, les produits à faible risque et ceux utilisables en agriculture biologique, à condition de porter la mention « emploi autorisé dans les jardins », abrégée EAJ.

Le purin d'ortie relève des préparations naturelles peu préoccupantes, que les jardiniers amateurs peuvent employer. Le savon noir reste très utilisé contre les pucerons : la dilution la plus citée par les sources de jardinage tourne autour de 5 %, soit environ 50 ml de savon noir liquide pur, sans additif, par litre d'eau. Il n'agit qu'au contact, il faut donc mouiller les colonies, le matin ou le soir, jamais en plein soleil. Pour un véritable traitement, choisissez un produit qui porte la mention EAJ.

Même autorisé, un produit ne s'applique jamais sur un cours d'eau, un fossé ou une bouche d'égout, ni à moins de 5 m d'un point d'eau, rappelle l'OFB. Pour doser de petites quantités, les critères d'un pulvérisateur à batterie pour le jardin (capacité, pression, buse réglable) évitent d'en mettre partout.

Pucerons des rosiers, des fèves et des arbres fruitiers : adapter le geste

Sur les rosiers, les pucerons colonisent les boutons dès le printemps. Un jet d'eau ou la suppression des boutons les plus chargés suffit souvent, et les larves de coccinelles suivent de près. Les gestes de prévention propres à cet arbuste sont réunis dans le guide pour cultiver de beaux rosiers sans produits phytosanitaires.

Au potager, le puceron noir de la fève s'installe à l'extrémité des tiges. Pincer cette tête une fois les premières gousses formées retire la partie la plus attaquée. Sur les arbres fruitiers, les feuilles enroulées protègent les colonies du jet d'eau : mieux vaut couper les pousses très atteintes et surveiller les fourmis qui montent par le tronc.

En véranda ou sur des plantes rentrées pour l'hiver, sans prédateurs pour réguler, une douche tiède et un chiffon humide passé sur les feuilles restent les moyens les plus simples. D'autres fiches de la rubrique Côté jardin, pour jardiner au naturel détaillent le potager, le compost et les plantes utiles.

Pucerons, fourmis et coccinelles : réponses aux questions pratiques

Pourquoi les pucerons reviennent-ils chaque printemps ?
Les pucerons passent l'hiver sous forme d'œufs ou d'individus abrités, puis se multiplient très vite dès les premières chaleurs, et certaines formes ailées colonisent de nouvelles plantes. L'objectif réaliste est de garder les colonies à un niveau que la plante supporte. Un jardin riche en auxiliaires retrouve cet équilibre plus vite chaque année.
Acheter des larves de coccinelles est-il utile ?
Les larves de coccinelles vendues pour le jardin peuvent aider sur un foyer précis, en serre ou en véranda par exemple. En plein air, les adultes qu'elles deviennent se dispersent. Les coccinelles du voisinage s'installent d'elles-mêmes si elles trouvent proies, fleurs et abris.
Le savon noir peut-il abîmer les feuilles ?
Une dilution trop forte ou une pulvérisation en plein soleil peut marquer le feuillage des plantes délicates. Un essai sur une seule feuille, contrôlée le lendemain, évite de brûler toute la plante. Rincez ensuite le pulvérisateur à l'eau claire.
Faut-il éliminer les fourmis qui montent sur les plantes ?
Les fourmis élèvent littéralement les pucerons : elles récoltent leur miellat et chassent les larves de coccinelles qui s'en approchent. Les tuer n'est pas nécessaire, il suffit de leur couper l'accès, par exemple avec une bande engluée autour d'un tronc. Privées de leurs gardes, les colonies redeviennent accessibles aux prédateurs.

Sources : OFB, communiqué de presse sur l'utilisation des pesticides par les particuliers (16/02/2021) ; Code rural et de la pêche maritime, article L253-7 (loi Labbé) ; ministère de l'Agriculture, notes de service de la DGAL sur les produits autorisés au jardin ; Ville de Paris, document sur les coccinelles (2022) ; LPO Occitanie, fiche « Coccinelle » ; Jardiner autrement, fiche « Coccinelles ».

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