Côté jardin

Bouturer les arbustes : techniques et conseils pour réussir facilement

Le bouturage est un moyen simple et aussi économique de multiplier fidèlement les arbustes. Faites des échanges de boutures entre voisins et amis pour obtenir de nouvelles variétés. Voici tous les conseils d’Hervé Michel, jardinier paysagiste en Haute-Marne pour bouturer vos arbustes en juillet et août pour réussir.

Dans le monde végétal, un seul parent peut assurer sa propre descendance. Sous l’action de certaines hormones, toute partie détachée d’une plante produit vite de nouvelles cellules pour cicatriser la blessure provoquée au point de séparation. Dans des conditions propices, des racines y apparaissent et l’organe détaché devient capable de se nourrir seul et de former un nouveau sujet.

Multiplication efficace

Ce miracle est à l’origine du bouturage, seul moyen d’assurer vite et à l’identique la reproduction des variétés hybrides. Le semis de graines non fixées par la sélection ne produit que des sujets dégénérés ou semblables à l’espèce d’origine (feuillage vert pour les conifères bleus). Par ailleurs, même si le semis est possible, les graines d’arbustes, souvent capricieuses, découragent l’amateur.

Une généreuse économie

Pour multiplier vos arbustes, ceux de vos voisins ou amis, le bouturage est idéal et économique, à chaque fois qu’un grand nombre de plantes est nécessaire (haies de troène, potentille) et dans le cas d’arbustes chers à l’achat (houx) Il est aussi précieux pour reproduire des variétés rares. S’il est quasiment impossible d’échouer avec le laurier-rose, le houx et le lilas des Indes se montrent plus réticents.

Pratiquez donc trois fois plus de boutures que de plantes espérées. En deux ans, vous obtiendrez souvent des arbustes de cinq à sept branches, pour 50 à 70 cm de hauteur.

Mettez toutes les chances de votre côté

Les conditions propices à l’enracinement des boutures varient d’une plante à l’autre et également en fonction des saisons. La reprise est plus délicate mais rapide au cours de l’été. Les rameaux de l’année sont alors assez verts et tendres pour vite cicatriser mais déjà suffisamment forts (bois en formation) pour résister sans faner au stress de la séparation avec la plante d’origine. Ils sont dits « semi-aoûtés » en début d’été, puis « aoûtés » en août-septembre. En outre, les boutures vont bénéficier de conditions de température idéales (supérieures à 20°c) pour se développer rapidement.

three glasses with hydrangea cuttings

Le bon prélèvement

Sélectionnez les boutures sur des rameaux latéraux ou d’extrémité selon les espèces et coupez-les 5 mm sous un œil ou en dessous de l’insertion de feuilles sur le rameau. Utilisez une lame très affûtée (lame de rasoir, sécateur ou greffoir), désinfectée à l’alcool. Choisissez des rameaux sains sur des plantes bien entretenues et exemptes de maladies. Prélevez des rameaux identiques à la plante mère (développement et forme du feuillage, panachures).

Bouturez en été

En commençant dès le mois de juillet, vous aurez le temps de renouveler l’opération courant août si vous avez manqué le premier essai et obtenu des boutures fanées, brunes ou dont la base est pourrie. Tant que ce n’est pas le cas, et même si de nouvelles pousses ne sont pas apparues (signe de reprise d’une bouture), soyez patient, au moins pendant un mois.

Le bouturage de certains arbustes à feuilles caduques (troène, caryoptéris, cornouiller) se pratique aussi en hiver sur du bois sec, en pleine terre.

Au repos, le rameau sans feuilles n’aura aucun besoin et prendra tout son temps pour s’enraciner sans se dessécher davantage. Il sera autonome au printemps, lors du redémarrage de la végétation. Le procédé s’avère plus long mais moins risqué et il demande moins de surveillance (arrosage, ombrage, aération).

Si vos boutures doivent voyager avant d’être plantées, enfermez-les dans du papier journal mouillé entouré d’un sac en plastique. Supprimez le plus tôt possible la moitié inférieure du feuillage. Réservez l’hormone de bouturage aux cas difficiles en saupoudrant avec modération (risques de brûlures) la base des boutures. Plantez-les à 5 cm d’intervalle dans un substrat sain et léger (sable et tourbe). Pratiquez un avant-trou avec le doigt, puis tassez et arrosez sans excès.

De l’humidité et de la chaleur

Arrosez et placez les boutures sous châssis, en miniserre ou sous un plastique transparent (on dit à l’étouffée), sans aérer jusqu’à la reprise. A défaut de serre, de châssis ou de véranda, une terrasse ou un mur bien exposés restitueront, durant la nuit, la chaleur du jour. Une température inférieure à 18 °C favoriserait le développement de champignons (botrytis). En cas de nuits très fraîches, abritez les caissettes (dans la maison, le garage…).

Ombragez par forte chaleur, sous la ramure légère d’un arbre.

Les signes de reprise

L’apparition de nouvelles pousses annonce la reprise. Aérez et maintenez le terreau humide. Pour vérifier l’émission de racines, tirez doucement sur une bouture. Si elle résiste, transplantez-la en pot de 10 cm de diamètre. Sinon, replantez-la délicatement et attendez. Le laurier-rose excepté, les boutures proposées supportent de passer l’hiver sous un châssis froid (5 oc). Enterrez un peu pots et caissettes.

Les clés de la réussite : un matériel adapté

Pas besoin d’investir pour bouturer. Récupérez des caissettes en polystyrène chez votre poissonnier. Elles sont isolantes et percées dans le fond. Lavez-les soigneusement (à défaut, utilisez les bacs à semis du commerce). Remplissez-les de terreau « spécial semis ou bouturage ». Désinfecté, il vous épargnera les traitements contre les champignons responsables de la ‘fonte » des boutures.

Après leur plantation, confectionnez une cloche hermétique de 20 cm de hauteur sur chaque caissette, à l’aide d’arceaux de fil de fer, soutenant un film plastique (film alimentaire ou de forçage). Percez-le de quelques trous et maintenez-le par un lien autour de la caissette. Pour ombrer, un simple parasol de jardin, facile à mettre en place et amovible, fera l’affaire. Une miniserre vous coûtera de 50 à 100€. Il existe également des résistances chauffantes électriques à placer sous le terreau. Elles coûtent entre 30 et 60€.

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